TERRITOIRE DES OMBRES ET INFRASTRUCTURES SECONDAIRES : LES PAYSAGES CACHÉS DU TRAVAIL TEMPORAIRE À LA GRANDE DIXENCE (1950-1965)
Thèse doctorale, 2023.
Rune Frandsen
Ce projet de recherche financé par le FNS est dirigé par l’Institut d’études paysagères et urbaines (Institute of Landscape and Urban Studies – LUS), chaire Günther Vogt, ETH Zurich. Prof. Dr. Silke Langenberg co-supervise la thèse.
En 1945, le service fédéral Suisse des eaux publiait une étude répertoriant les forces hydrauliques disponibles pour la production d’électricitié dans le bassin versant du Rhône en Valais. Cette étude a légitimé une campagne massive de construction de barrages dans ce canton alpin, qui allait durer les trois décennies suivantes. La plupart de ces infrastructures hydroélectriques sont reculées et souterraines, ce qui signifie qu’elles sont pour la plupart absentes des représentations de l’espace alpin. Leur manque de visibilité pousse également les milliers de travailleurs employés pour ces construction hors de l’imaginaire collectif. Cette thèse se concentre sur une étude de cas, la période de construction de la Grande-Dixence (1950-1965), et documente ce qui va être défini comme l’infrastructure secondaire: toutes les infrastructures nécessaires à la construction du réseau hydroélectrique primaire. Cela comprend les artères pour le transport des matériaux et ses routes, tunnels, ponts et téléphériques; les ouvriers qui construisirent le barrage et creusèrent les tunnels, les réseaux pour l’approvisionnement de cette main d’œuvre, et les villages temporaires dans lesquels ils étaient logés.
La méthode choisie, une étude d’archives, permet de tirer deux conclusions. Premièrement, l’étude des logements des ouvriers, de leurs horaires de travail, ainsi que l’étude des services fournis au sein de ces “agglomérations industrielles,” comme elles ont parfois été appelées, montrent que l’espace produit par cette infrastructure secondaire était un espace de discipline. Le projet de transformation des paysages alpins pour l’extraction des ressources était lié à un programme de régimentation des mentalités et des corps des travailleurs. Deuxièmement, une esquisse de la population sur laquelle reposaient ces constructions—en grande partie des “saisonniers” italiens—et les détails de la construction des baraquements dans lesquels ces travailleurs étaient logés montrent que, plutôt que d’être temporaires, ces chantiers doivent être compris comme étant mobiles. En guise d’ouverture, des études de terrain documentent les vestiges de cette infrastructure secondaire, ce que Peter van Wyck a appelé l’archive territoriale, les présentant comme le patrimoine oublié des hommes et des femmes qui ont construit le plus grand barrage du monde.